Un compte rendu d’analyse urinaire mentionne « rares cellules épithéliales » et la première réaction est souvent l’inquiétude. Cette mention figure pourtant sur la majorité des résultats d’ECBU sans qu’elle signale le moindre problème. Les erreurs d’interprétation naissent presque toujours d’une lecture isolée de cette ligne, sans tenir compte du type cellulaire, du reste du sédiment urinaire ni des conditions de prélèvement.
Cellules épithéliales squameuses et contamination du prélèvement urinaire
La confusion la plus répandue consiste à attribuer une signification pathologique à des cellules qui ne proviennent pas des voies urinaires. Les cellules épithéliales squameuses (ou pavimenteuses) tapissent la peau, le vagin et l’urètre distal. Leur présence dans l’urine traduit le plus souvent un simple contact de l’échantillon avec ces zones lors du recueil.
Plusieurs systèmes hospitaliers ont formalisé cette distinction. En 2024, le réseau Prisma Health (17 hôpitaux) a introduit un protocole de rejet des cultures d’urine lorsque l’analyse montre au moins 10 cellules squameuses par champ, considérant que ce seuil signe une contamination. Ce changement n’a eu aucun impact négatif sur le rendement bactériologique, ce qui confirme que ces cellules ne reflétaient pas une infection réelle.
Le piège pour le patient qui lit son résultat : voir « cellules épithéliales » sans réaliser que le laboratoire distingue plusieurs types. Un résultat mentionnant « rares cellules épithéliales » de type squameux ne dit rien sur l’état des reins ou de la vessie. Il dit quelque chose sur la qualité du prélèvement.

Rare cellule épithéliale dans les urines : quand le type cellulaire change tout
Toutes les cellules épithéliales ne se valent pas. Les confondre est la deuxième erreur d’interprétation fréquente. Le sédiment urinaire peut contenir trois catégories distinctes, et leur origine anatomique modifie radicalement la lecture du résultat.
- Les cellules squameuses (pavimenteuses) viennent de la peau ou de la muqueuse génitale. Leur présence, même en quantité modérée, oriente d’abord vers une contamination du prélèvement.
- Les cellules transitionnelles (urothéliales) tapissent la vessie, les uretères et le bassinet rénal. Des cellules transitionnelles en nombre élevé peuvent signaler une inflammation ou une infection des voies urinaires basses.
- Les cellules tubulaires rénales proviennent des tubules du rein. Leur détection, même en faible quantité, justifie une investigation complémentaire car elle peut révéler une atteinte rénale.
La mention « rares cellules épithéliales » sur un compte rendu standard désigne le plus souvent des cellules squameuses. Certains laboratoires ne précisent pas le type, ce qui laisse le patient dans l’ambiguïté. Demander cette précision au biologiste ou au médecin prescripteur permet d’éviter une inquiétude sans fondement.
Erreurs liées à la lecture isolée du résultat d’analyse urinaire
Lire la ligne « cellules épithéliales » sans regarder le reste du bilan constitue la troisième source de méprise. Un résultat d’ECBU comporte plusieurs paramètres qui se complètent : leucocytes, hématies, bactéries, nitrites, cylindres, cristaux et protéines.
Des cellules épithéliales rares sans leucocytes ni bactéries ne suggèrent aucune infection. En revanche, la présence simultanée de leucocytes élevés, de nitrites positifs et de bactéries oriente vers une infection urinaire, indépendamment du nombre de cellules épithéliales.
Le cas de la microhématurie associée
Les recommandations récentes de l’American Urological Association (mises à jour commentées en 2026) insistent sur un point précis : lorsqu’un grand nombre de cellules squameuses accompagne une microhématurie, il faut suspecter une contamination et répéter le prélèvement avant de lancer des investigations urologiques coûteuses. La technique recommandée est le recueil en milieu de jet après toilette soignée, voire un prélèvement sondé si le doute persiste.
Conclure à une microhématurie pathologique sur un échantillon contaminé par des cellules squameuses abondantes expose le patient à des examens inutiles (cystoscopie, imagerie). Ce scénario n’a rien de théorique : les retours terrain montrent qu’il reste fréquent dans la pratique courante.

Surdiagnostic d’infection urinaire et cellules épithéliales
Le lien entre cellules épithéliales abondantes et surdiagnostic d’infection urinaire est documenté dans les programmes de « diagnostic stewardship » hospitaliers. Le mécanisme est simple : un échantillon contaminé est mis en culture, la culture détecte des bactéries commensales de la peau ou de la flore vaginale, et un traitement antibiotique est prescrit pour une infection qui n’existe pas.
Rejeter les cultures sur échantillons à forte contamination squameuse réduit les prescriptions antibiotiques inutiles sans compromettre la détection des vraies infections. Le protocole de Prisma Health en 2024 a démontré la faisabilité et la sécurité de cette approche à grande échelle.
Pour le patient, la conséquence pratique est directe : si un résultat mentionne des cellules épithéliales nombreuses et qu’une infection est suspectée, un nouveau prélèvement réalisé dans de meilleures conditions est préférable à un traitement antibiotique basé sur un échantillon douteux.
Conditions de prélèvement urinaire : ce qui modifie réellement les résultats
La qualité du recueil détermine la fiabilité de l’ensemble de l’analyse. Les recommandations convergent sur plusieurs points pratiques qui limitent la contamination par des cellules épithéliales squameuses :
- Réaliser une toilette locale à l’eau avant le prélèvement, sans antiseptique qui pourrait fausser la culture bactérienne.
- Recueillir le milieu de jet (« midstream clean-catch ») en écartant le premier jet qui contient le plus de cellules de contamination.
- Acheminer l’échantillon au laboratoire dans un délai court, idéalement sous deux heures, pour éviter la prolifération bactérienne secondaire.
Un prélèvement effectué sans ces précautions peut transformer un résultat parfaitement normal en un bilan faussement suspect. La mention « rares cellules épithéliales » sur un prélèvement correctement réalisé est un résultat banal qui ne nécessite aucune exploration complémentaire.
L’interprétation d’un résultat d’analyse urinaire ne se fait jamais sur une seule ligne. Le type de cellule, les paramètres associés et les conditions de recueil forment un ensemble que seul le médecin prescripteur peut replacer dans le contexte clinique du patient. Avant de s’alarmer, vérifier que le prélèvement a été réalisé correctement reste la première étape, et souvent la seule nécessaire.

