Arthrose par les plantes pour le genou et la hanche : ce qui change

L’arthrose du genou et de la hanche représente une dégradation progressive du cartilage articulaire, avec des contraintes mécaniques très différentes selon la localisation. Recourir aux plantes pour accompagner cette pathologie suppose de distinguer ce qui relève d’un effet anti-inflammatoire documenté, ce qui reste une allégation non validée, et ce que les données récentes changent dans la hiérarchie des options naturelles.

Allégations articulaires sur le curcuma : ce que l’Europe a tranché

La plupart des articles sur l’arthrose par les plantes placent le curcuma en tête de liste. La réalité réglementaire est moins flatteuse.

Depuis 2018, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé que les données cliniques disponibles ne permettaient pas de revendiquer que le curcuma ou la curcumine « contribuent au fonctionnement normal des articulations » dans les compléments alimentaires. Les allégations articulaires sont interdites pour ces produits au niveau européen.

Cela ne signifie pas que la curcumine est inactive. Cela signifie que le niveau de preuve n’a pas satisfait l’évaluation européenne, malgré une médiatisation massive. Un complément alimentaire au curcuma vendu en France n’a donc pas le droit d’afficher un bénéfice pour les articulations sur son étiquette.

Pour le genou comme pour la hanche, cette distinction compte : un produit dont l’allégation est refusée par l’EFSA n’offre pas les mêmes garanties qu’une plante dont l’usage est reconnu par les autorités sanitaires.

Homme senior appliquant un baume à base de plantes sur son genou pour soulager l'arthrose dans un jardin d'herbes médicinales

Harpagophytum et cassis : plantes à usage reconnu pour les douleurs articulaires

Deux plantes conservent un statut solide dans la prise en charge de l’arthrose par la phytothérapie, y compris pour le genou et la hanche.

Harpagophytum (griffe du diable)

L’harpagophytum est la plante la plus documentée pour les douleurs articulaires liées à l’arthrose. Ses harpagosides exercent un effet anti-inflammatoire qui a fait l’objet de plusieurs essais cliniques. L’usage est reconnu par l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour le soulagement des douleurs articulaires mineures.

Son intérêt est particulièrement marqué dans la gonarthrose (arthrose du genou), où la composante inflammatoire accompagne souvent les poussées douloureuses. Pour la hanche, les retours cliniques existent mais la littérature est moins fournie que pour le genou.

Cassis (Ribes nigrum)

Le cassis, utilisé en phytothérapie (feuilles) ou en gemmothérapie (bourgeons), agit comme un anti-inflammatoire naturel complémentaire. Il est souvent associé à l’harpagophytum dans les protocoles de phytothérapie articulaire.

Sa richesse en flavonoïdes lui confère un rôle de soutien, mais il ne remplace pas un traitement de fond. Il convient aux deux localisations (genou et hanche) sans distinction majeure dans les modalités d’utilisation.

Genou ou hanche : pourquoi la localisation change la donne en phytothérapie

Les concurrents traitent rarement cette question, et c’est un angle qui manque. Le genou et la hanche ne subissent pas les mêmes contraintes biomécaniques, ce qui modifie la pertinence des approches par les plantes.

  • Le genou supporte des forces de compression et de cisaillement lors de la marche, de la montée d’escaliers et de la position accroupie. L’inflammation locale est fréquente, ce qui rend les plantes à visée anti-inflammatoire (harpagophytum, reine-des-prés, saule blanc) directement utiles lors des poussées.
  • La hanche, articulation profonde et portante, subit des contraintes en rotation et en charge axiale. La douleur est souvent plus diffuse, irradiant vers l’aine ou la cuisse. Les plantes à effet anti-inflammatoire restent pertinentes, mais la composante musculaire (sarcopénie, perte de masse musculaire autour de la hanche) limite ce que la phytothérapie seule peut accomplir.
  • Pour la hanche, l’association plantes et activité physique adaptée (renforcement du moyen fessier, marche nordique) est plus déterminante que pour le genou, où la phytothérapie anti-inflammatoire peut suffire à gérer certaines poussées légères.

Cette différence explique pourquoi un même protocole à base de plantes ne produit pas les mêmes résultats selon l’articulation touchée.

Praticienne de santé présentant des plantes anti-inflammatoires à un patient pour traiter l'arthrose de la hanche et du genou en consultation

Collagène et arthrose du genou : ce que montrent les méta-analyses récentes

Les plantes ne sont pas les seules options naturelles étudiées. Les dérivés de collagène (hydrolysé, natif de type II, peptides bioactifs) ont fait l’objet d’une attention croissante ces dernières années.

Une méta-analyse publiée en 2024 a compilé 35 essais contrôlés randomisés incluant plus de 3 000 patients. La conclusion est une réduction significative de la douleur et une amélioration de la fonction articulaire par rapport au placebo, avec un profil de sécurité comparable. Une autre méta-analyse (Lin et al., 2023, publiée dans le Journal of Orthopaedic Surgery and Research) confirme ce bénéfice, notamment dans l’arthrose du genou.

Le collagène n’est pas une plante, mais il s’inscrit dans la même logique de prise en charge naturelle. Pour le genou, les données sont plus solides que pour la hanche, où les études spécifiques restent moins nombreuses.

Ortie, reine-des-prés, saule blanc : compléments utiles mais pas équivalents

Ces trois plantes reviennent systématiquement dans les articles sur la phytothérapie articulaire. Leur rôle mérite d’être précisé.

  • L’ortie dioïque (feuilles) apporte des minéraux et possède un effet anti-inflammatoire modéré. Elle est souvent utilisée en infusion ou en complément alimentaire pour l’arthrose du genou.
  • La reine-des-prés contient des dérivés salicylés proches de l’aspirine. Son action antalgique est réelle mais douce, adaptée aux douleurs légères à modérées. Elle est déconseillée aux personnes sous anticoagulants.
  • Le saule blanc partage ce profil salicylé. Il est parfois mieux toléré sur le plan digestif que les anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques, mais son efficacité reste inférieure à celle de l’harpagophytum dans les essais comparatifs disponibles.

Aucune de ces trois plantes ne constitue à elle seule un traitement de fond de l’arthrose. Elles s’intègrent dans une approche combinée, aux côtés de l’activité physique et, si besoin, d’un suivi médical adapté.

La phytothérapie appliquée à l’arthrose du genou dispose aujourd’hui de données plus étoffées que pour la hanche. Le refus des allégations articulaires du curcuma par l’EFSA, la montée en preuve du collagène hydrolysé et la persistance de l’harpagophytum comme référence phytothérapeutique dessinent une hiérarchie que les listes de plantes « miracles » occultent trop souvent.

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