L’Organisation mondiale de la santé avance un chiffre qui claque comme un signal d’alerte : plus de deux milliards de personnes manquent de micronutriments indispensables. Tandis que l’ultra-transformation envahit les étals dans certains pays, les taux de diabète et d’obésité s’emballent, mais la sous-nutrition, elle, refuse de disparaître.
Partout, l’écart se creuse entre abondance alimentaire et qualité réelle de ce qui finit dans nos assiettes. Les politiques publiques tentent de naviguer tant bien que mal face à la double pression de la malnutrition persistante et de la montée des maladies chroniques, exposant les populations les plus fragiles à une spirale difficile à enrayer.
Nutrition et santé publique : un défi majeur dans les pays en développement
Dans de nombreux pays où les ressources restent limitées, la malnutrition frappe encore, parfois de plein fouet. Les rapports de l’OMS et de l’UNICEF témoignent d’une réalité sans détour : près de 149 millions d’enfants de moins de cinq ans connaissent des retards de croissance, conséquence directe d’une alimentation inadéquate. Les carences en fer, en zinc ou en vitamine A affaiblissent les défenses immunitaires et entravent le développement cognitif, enfermants des générations entières dans une vulnérabilité durable.
Les équipes de l’Inserm et de l’Anses tirent la sonnette d’alarme : l’urbanisation rapide bouleverse en profondeur les habitudes alimentaires. Résultat : ces sociétés cumulent les peines. La sous-nutrition résiste, tandis que s’installent les maladies associées à la transition nutritionnelle. L’essor des industries agroalimentaires et l’omniprésence des aliments ultra-transformés dessinent un nouveau terrain d’épidémies : obésité, diabète de type 2, troubles cardiovasculaires ou hypertension deviennent monnaie courante.
Les chiffres-clés à retenir
Quelques données incontournables permettent de mesurer le problème à sa juste ampleur :
- Selon le Programme national nutrition santé (PNNS), dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, la proportion d’enfants obèses a doublé en vingt ans.
- Dans ces mêmes zones, près d’un enfant sur cinq présente un retard de croissance.
Face à ces réalités, la recherche s’organise. La cohorte NutriNet-Santé et les chercheurs de l’EREN décortiquent les liens entre alimentation et santé, afin d’orienter les choix collectifs. L’objectif : faire évoluer la qualité de l’alimentation à travers des programmes ciblés, mêlant initiatives nationales, mobilisation locale et coopération internationale.
Quelles maladies nutritionnelles émergent d’une alimentation déséquilibrée ?
Certains troubles s’installent sans bruit, portés par une alimentation déséquilibrée saturée de produits industriels, pauvre en fibres, en diversité et en micronutriments. L’obésité s’impose en première ligne, touchant aussi bien les enfants que les adultes. Le surpoids devient plus fréquent, et le diabète de type 2 s’étend, n’épargnant même plus les plus jeunes, comme en témoignent les diagnostics précoces observés dans de nombreux pays.
Les conséquences ne s’arrêtent pas là. Les maladies cardiovasculaires se multiplient : consommation excessive de sel, trop de graisses saturées, manque de fruits et légumes… Ce cocktail ouvre la voie à l’hypertension, aux accidents vasculaires cérébraux, à l’infarctus. Les analyses menées par l’Inserm et l’EREN pointent du doigt le rôle des aliments ultra-transformés et de leur cortège d’additifs, de sucres cachés et parfois de substances perturbant l’équilibre hormonal.
La carence nutritionnelle n’a pas disparu pour autant. Chez l’enfant, la dénutrition freine la croissance et multiplie les risques d’infections. Chez l’adulte, elle favorise la fonte musculaire et affaiblit le système immunitaire.
D’autres maladies avancent masquées. Certains cancers digestifs, par exemple, sont aujourd’hui associés à une consommation régulière de charcuteries, d’aliments transformés ou à l’exposition à des résidus de pesticides. Cette réalité invite à redoubler de vigilance, non seulement sur la qualité nutritionnelle, mais aussi sur la composition chimique de ce qui est consommé.
Des pistes pour agir face à la malnutrition et ses conséquences
La lutte contre les maladies nutritionnelles s’organise sur plusieurs plans. Première étape : promouvoir une alimentation équilibrée riche en fruits et légumes, tout en restreignant les produits sucrés et le sel. Les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) encouragent à varier les aliments et à réduire la consommation des produits ultra-transformés, véritables marqueurs du déséquilibre alimentaire.
Certains outils, comme le Nutri-Score, facilitent les choix pour les consommateurs, à condition que l’information soit claire et que l’industrie apporte davantage de transparence. L’étiquetage nutritionnel doit s’accompagner d’une vigilance accrue face au marketing alimentaire qui cible particulièrement les plus jeunes. Plusieurs études de l’Inserm et de l’Anses démontrent le lien entre exposition à la publicité pour des produits trop sucrés ou salés et hausse de la consommation de ces mêmes produits.
Plusieurs pistes concrètes s’offrent aux acteurs de santé publique pour améliorer la situation :
- Développer l’agriculture biologique et les circuits courts pour enrichir la qualité nutritionnelle et réduire la présence de résidus chimiques dans l’alimentation.
- Impliquer les cantines scolaires et les entreprises afin de proposer des repas variés et d’encourager la pratique d’une activité physique régulière.
Le régime méditerranéen, abondamment étudié par la cohorte NutriNet-Santé, incarne cette démarche globale : céréales complètes, produits laitiers fermentés, poissons, huiles végétales et légumineuses participent à un microbiote intestinal robuste et limitent l’émergence des maladies chroniques. Les choix alimentaires dépassent la décision individuelle : c’est tout un mouvement collectif, à la croisée de l’éducation, de la recherche et de l’engagement citoyen, qui se dessine.
Devant ce panorama, une évidence s’impose : choisir de transformer nos repas, c’est refuser que la malnutrition gagne du terrain. La route est longue, mais chaque initiative compte. À table, la santé de demain se construit dès aujourd’hui.


